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La 43ème Session de la Conférence Générale qui s’est tenue à San Francisco en 1936. [Photo: GC/ASTR]

Les adventistes du septième jour sont enclins à considérer les événements actuels comme exceptionnels. Les dirigeants d’église mais aussi les membres d’église déclarent régulièrement qu’il n’y a pas de précédent dans notre passé pour certains évènements récents, ou qui se sont produits ces jours-ci. L’ironie c’est que, malgré l’injonction d’Ellen White, souvent évoquée, selon laquelle les adventistes du septième jour « n’ont rien à craindre de l’avenir, si ce n’est d’oublier » notre passé, dans la pratique, nous avons tendance à avoir la mémoire courte.

En réalité, il y a peu d’évènements qui n’ont pas de précédent. Et c’est le cas de la décision de reporter la soixante et unième Session de la Conférence Générale, prévue pour juin 2020, à mai 2021. Il n’y a pas simplement un précédent ; il existe plusieurs précédents. Ce sera la cinquième fois qu’une session de la Conférence Générale est reportée, prolongeant par la même les mandats des responsables de la Conférence Générale et de ses divisions, et reportant inévitablement les votes de l’Église adventiste mondiale sur des questions importantes d’intérêt commun ; ce sera la deuxième fois que plus de cinq ans s’écouleront entre deux sessions.

La Première Guerre Mondiale

Il a fallu plus d’un demi-siècle et 38 sessions avant le premier ajournement d’une session de la Conférence Générale. À l’origine, les sessions se tenaient chaque année ; après la vingt-huitième session en 1889, elles sont devenues biennales, puis, après la trente-sixième session en 1905, quadriennales. En 1913, la trente-huitième session qui a eu lieu à Takoma Park s’est terminée avec l’espoir que la prochaine rencontre ait lieu en 1917. Mais un an plus tard, la Première Guerre Mondiale commençait.

La Session de la Conférence Générale de 1918 [Photo: GC/ASTR]

Au printemps 1916, les dirigeants de l’église dans la Division Nord-Américaine (NAD) (dont le territoire abritait à l’époque, 56 pour cent de tous les membres d’église) étaient préoccupés par le fait que « les conditions du monde sont telles à l’heure actuelle que nous ne savons pas ce que chaque jour amènera » ; il était peu probable que des délégués « de pays n’appartenant pas à la Division Nord-Américaine » puissent s’y rendre.

Le Comité de la NAD a voté de demander à la Conférence Générale de considérer « dans un esprit de prière » la possibilité de tenir la trente-neuvième session au début de l’année 1918 au lieu de 1917. La Conférence Générale a sondé les dirigeants du monde entier par courrier et « a constaté que le vote par courrier était unanime en faveur du report. » En conséquence, le Comité de la Conférence Générale a pris la décision « de reporter la prochaine session quadriennale de l’été 1917 à la date la plus proche qui conviendrait, » les dates restant à déterminer, elles l’ont finalement été en avril 1917. La trente-neuvième session s’est tenue en mars et avril 1918.

Il n’y avait aucune base dans la Constitution de la Conférence Générale, telle qu’elle existait alors, pour un tel report, mais l’église a vraiment fait face à des circonstances sans précédent, y compris la guerre sous-marine qui a rendu particulièrement dangereux le fait de traverser l’Atlantique en 1917. Reconnaissant la nature exceptionnelle des défis auxquels ils étaient confrontés, les dirigeants de l’église, après dûe consultation, ont pris une décision appropriée. Il se trouve que, la situation causée par la guerre ne s’était pas beaucoup améliorée au printemps 1918 ; mais se rendre aux États-Unis pouvait se faire de manière plus sûre, et les dirigeants de l’église ne se sentaient évidemment pas en mesure de reporter deux fois. La trente-neuvième session a donc eu lieu au printemps 1918.

La Grande Dépression

La quarante-deuxième Session de la Conférence Générale a eu lieu en mai 1930, un peu plus de six mois après le krach de Wall Street qui a déclenché la Crise Économique de 1929. Mais on ne savait pas encore vraiment à quel point les choses seraient graves. Il y avait eu de terribles replis économiques en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord à la fin du dix-neuvième siècle, mais ni les économies nationales ni l’Église adventiste du septième jour n’étaient véritablement mondiales. Dans les années 1930, la nature interconnectée de l’économie mondiale a aggravé les effets de la crise et a bouleversé tous les aspects de l’Église adventiste.

Les participants afro-américains à la session de la Conférence Générale de 1946 [Photo : GC / ASTR]

Au cours des trois années qui ont suivi le krach de Wall Street, le montant de la dîme aux États-Unis a chuté de 37 pourcents et les offrandes de mission de 42 pourcents (bien que le nombre de membres ait augmenté de 23 pourcents). Le trésorier de la Conférence Générale, J.L. Shaw, devait trouver 200000 $ (au moins 4 millions de dollars aujourd’hui) pour organiser une session, alors même que lui et le président C.H. Watson essayaient désespérément de maintenir en place les missionnaires à l’étranger en réduisant les effectifs d’employés dans la NAD, et en réduisant le salaire des autres. À l’étranger, au moins quatre des onze divisions mondiales de l’église n’avaient tout simplement pas les fonds nécessaires pour envoyer des « délégations représentatives. » Le report de la session a donné à la Conférence Générale deux ans de plus pour économiser l’argent nécessaire à son budget et a donné aux divisions deux ans de plus pour trouver l’argent pour envoyer des délégués. Pourtant, lors du Concile d’Automne de 1932, C.H. Watson a évoqué la possibilité de reprogrammer, il a d’abord convoqué une session exécutive avec seuls les présidents de division et les membres du Comité Exécutif du siège de la Conférence Générale pour présenter son cas – clairement, il s’attendait à ce que cela soit controversé.

Les membres du Comité ont cependant vu la logique, notamment parce qu’ils ont reconnu « l’impossibilité pour les divisions européennes et les autres d’envoyer des délégations représentatives si la Conférence se tenait en 1934, » et que le seul moyen de financer une session à ce moment-là serait à travers « des réductions dans les dotations régulières. » Le Comité de la Conférence Générale a voté : « Que la prochaine session de la Conférence Générale soit reportée à 1936. » Mais la Constitution prévoyait un mandat de quatre ans, de sorte que le mandat de nombreux « membres du personnel de la Conférence Générale » expirerait avant 1936. Le Comité Exécutif a donc voté que ce personnel « soit invité à poursuivre leur service sans interruption » jusqu’à la tenue de la session à la nouvelle date retenue.

En conséquence, chose unique, il y a eu un mandat de six ans pour les administrateurs de la Conférence Générale, des divisions, ainsi que pour les directeurs de département après la quarante-deuxième session. Jusqu’à cette année, c’était la seule fois que l’intervalle entre deux sessions durait plus de cinq ans.

En reportant la session de 1934, les dirigeants de l’église avaient de nouveau pris la seule décision sensée, mais ils l’avaient encore décidé sans un support constitutionnel leur permettant de le faire. Lorsque la quarante-troisième session a finalement eu lieu en mai et juin 1936, elle a modifié l’article VIII de la Constitution de la Conférence Générale pour permettre au Comité Exécutif de reporter une session jusqu’à deux ans plus tard, « lorsque les conditions mondiales particulières semblent… rendre impératif l’ajournement de la convocation de la session. » Bien que certainement personne ne l’imaginait à ce moment-là, les deux prochaines sessions seraient toutes deux reportées en vertu des nouvelles dispositions de l’article VIII.

La Session de la Conférence Générale de 1941 [Photo : GC / ASTR]

La Seconde Guerre Mondiale

Les dirigeants de l’église avaient fermement l’intention de tenir la quarante-quatrième Session de la Conférence Générale quatre ans après le report de la quarante-troisième session, à la fin du printemps ou au début de l’été 1940. Mais en septembre 1939, la Seconde Guerre Mondiale a éclaté. Le mois suivant, lors du Concile d’Automne, les administrateurs ont posé « la question… de savoir s’il serait opportun ou non d’aller de l’avant avec les plans pour la tenue de la Session de la Conférence Générale en 1940, compte tenu de l’incertitude actuelle. » Comme par le passé, on s’inquiétait également de savoir si une « conférence représentative » pouvait se tenir compte tenu des difficultés de voyage des délégations des divisions étrangères. Le compte rendu de la rencontre indique que : « La question a été discutée assez longuement, un nombre important de membres étaient en faveur d’un report, tandis que d’autres estimaient qu’il serait bon de tenir la session à la date fixée. » Compte tenu du désaccord, un sous-comité a été mis en place. Mais il a recommandé « en raison de l’étendue de la guerre [et] de notre incapacité à avoir une délégation représentative de nos divisions étrangères, » que « la session soit reportée d’un an. » Cela a ensuite été approuvé.

Douze mois plus tard, la guerre se poursuivait et la possibilité d’un « nouveau report » a été discutée. Cependant, après qu’un autre sous-comité ait brièvement considéré la question, le Comité Exécutif a décidé, sans autre explication, d’aller de l’avant en mai-juin 1941. A cette date, les États-Unis étaient encore neutres (et c’est là que vivait un tiers du demi-million de membres que comptaient l’église au niveau mondial) et il a probablement été jugé préférable d’aller de l’avant, après cinq ans, avec tous ceux qui pouvaient venir des différentes divisions étrangères, plutôt que d’étendre le report à nouveau à six ans.

Après la session de 1941, l’intention était de revenir aux mandats quadriennaux entre les sessions tel que prescrit par la Constitution. En 1943, les dates de la quarante-cinquième Session ont été fixées à mai-juin 1945. À l’hiver 1945, cependant, l’inquiétude grandissait quant à l’opportunité d’organiser un événement international majeur, car si la fin de la guerre était clairement en vue, les hostilités se poursuivaient, de même que les contrôles pour les déplacements, le rationnement et les restrictions gouvernementales sur les conventions aux États-Unis. Certains craignaient la manière dont l’église serait perçue aux yeux du public si elle ne tenait pas compte des réalités de la guerre en plus des sérieuses préoccupations pratiques.

Un concile spécial a été convoqué en février « pour considérer si nous devrions ou non aller de l’avant avec les plans pour la tenue de la… Session en mai. » Les discussions se sont prolongées. Alors que plusieurs membres du Comité de la Conférence Générale « ont parlé de la déception qui serait ressentie si la session ne pouvait avoir lieu, » un consensus s’est dégagé en faveur du report, notamment parce que (encore) la représentation de « nos divisions à l’étranger » serait très limitée. Finalement, il y a eu « un accord général sur le fait que si un report servirait au mieux les intérêts de notre œuvre mondiale, alors elle devrait être reportée. » Le résultat a été un vote indiquant que « la Session de la Conférence Générale qui devait se tenir en mai de cette année soit reportée d’un an. »

Vingt-et-unième Siècle

Ceci est donc l’histoire dans l’Église adventiste de la reprogrammation des sessions de la Conférence Générale et, par conséquent, de l’extension des mandats des élus par session. Il est encore vrai que seul le Comité Exécutif est autorisé à reporter une session et à prolonger ce qui est désormais un mandat quinquennal plutôt que quadriennal. La décision de reporter est une décision qui n’a jamais été prise à la légère et sans consultation, et elle n’a jamais été prise sans peine ni pincement au cœur. Une telle décision n’avait pas été prise depuis soixante-quinze ans, période pendant laquelle la taille et les dépenses d’une session de la Conférence Générale ont considérablement augmenté, presque démesurément. Cette nouvelle ampleur des sessions de la Conférence Générale rend toute décision d’ajourner d’autant plus problématique, compte tenu de la complexité beaucoup plus grande de trouver une nouvelle date dans des délais très courts et des pertes financières potentiellement beaucoup plus importantes.

Cependant, face à des circonstances vraiment exceptionnelles – de deux guerres mondiales et de la Grande Dépression – les dirigeants de l’Église adventiste du septième jour n’ont pas hésité à prendre des décisions difficiles qui étaient dans l’intérêt de la dénomination dans son ensemble. Les motifs comprenaient les dépenses dans une période où les ressources sont limitées, la sécurité des délégués, l’image publique de l’église et la capacité des divisions à être correctement représentées.

La pandémie de Covid-19 n’est pas absolument sans précédent, mais elle est tout à fait exceptionnelle ; pourtant, les défis qu’elle pose sont similaires à ceux qui ont poussé les générations précédentes de dirigeants de l’église à reporter à quatre reprises les sessions de la Conférences Générale. De plus, cela donne l’opportunité de faire le point sur la façon dont les sessions se sont développées– sur les dépenses énormes qu’elles impliquent et leur redoutable complexité.

Les dirigeants de l’église aujourd’hui ont agi à la fois avec résolution et compassion (compte tenu du potentiel d’infection) concernant 2020, et ont également saisi l’occasion pour considérer comment la dénomination « fait » les sessions. Personne n’est heureux du fait qu’il n’y aura pas de session à Indianapolis en juin 2020. Mais l’église a choisi la voie la plus prudente et la plus responsable, et, ce faisant, les dirigeants de l’église aujourd’hui ont suivi – de manière réfléchie, avec soin, et dans la prière – les traces des dirigeants du passé, tout en gardant les yeux tournés vers l’avenir et notre « bienheureuse espérance. »

Le report de la Session 2020 de la Conférence Générale ne signifie pas le report de ce futur évènement que nous souhaitons avec ferveur : la seconde venue de Jésus-Christ notre Seigneur.

David J.B. Trim est historien et sert en tant que directeur du Bureau des Archives, des Statistiques et de la Recherche à la Conférence Générale des adventistes du septième jour à Silver Spring, dans le Maryland, aux États-Unis.

 

Traduction: Patrick Luciathe

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